Rentrée litteraire 2014

ROMANS

Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier , Prix Nobel de littérature 2014

Patrick MODIANO

modiano

« – Et l’enfant? demanda Daragane. Vous avez eu des nouvelles de l’enfant?

Aucune. Je me suis souvent demandé ce qu’il était devenu… Quel drôle de départ dans la vie…

Ils l’avaient certainement inscrit à une école…

Oui. À l’école de la Forêt, rue de Beuvron. Je me souviens avoir écrit un mot pour justifier son absence à cause d’une grippe.

Et à l’école de la Forêt, on pourrait peut-être trouver une trace de son passage…

Non, malheureusement. Ils ont détruit l’école de la Forêt il y a deux ans. C’était une toute petite école, vous savez…»

Constellation

Adrien BOSC

 

41EKkP4ZllL._SL160_

Le 27 octobre 1949, le nouvel avion d’Air France, le Constellation, lancé par l’extravagant M. Howard Hughes, accueille trente-sept passagers. Le 28 octobre, l’avion ne répond plus à la tour de contrôle. Il a disparu en descendant sur l’île Santa Maria, dans l’archipel des Açores. Aucun survivant. La question que pose Adrien Bosc dans cet ambitieux premier roman n’est pas tant comment, mais pourquoi? Quel est l’enchaînement d’infimes causalités qui, mises bout à bout, ont précipité l’avion vers le mont Redondo? Quel est le hasard objectif, notion chère aux surréalistes, qui rend “nécessaire” ce tombeau d’acier? Et qui sont les passager? Si l’on connaît Marcel Cerdan, l’amant boxeur d’Édith Piaf, si l’on se souvient de cette musicienne prodige que fut Ginette Neveu, dont une partie du violon sera retrouvée des années après, l’auteur lie les destins entre eux. “Entendre les morts, écrire leur légende minuscule et offrir à quarante huit hommes et femmes, comme autant de constellations, vie et récit.”

Le dernier gardien d’Ellis Island

Gaëlle JOSSE

 

Josse

New York, 3 novembre 1954. Dans cinq jours, le centre d’Ellis Island, passage obligé depuis 1892 pour les immigrants venus d’Europe, va fermer. John Mitchell, son directeur, officier du Bureau fédéral de l’immigration, resté seul dans ce lieu déserté, remonte le cours de sa vie en écrivant dans un journal les souvenirs qui le hantent : Liz, l’épouse aimée, et Nella, l’immigrante sarde porteuse d’un étrange passé. Un moment de vérité où il fait l’expérience de ses défaillances et se sent coupable à la suite d’événements tragiques. Même s’il sait que l’homme n’est pas maître de son destin, il tente d’en saisir le sens jusqu’au vertige. A travers ce récit résonne une histoire d’exil, de transgression, de passion amoureuse d’un homme face à ses choix les plus terribles.

Hérétiques

Leonardo PADURA

padura

En 1939, le S.S. Saint-Louis, transportant quelque 900 Juifs qui avaient réussi à fuir l’Allemagne, resta plusieurs jours ancré au large du port de La Havane à attendre l’autorisation de débarquer ses passagers. Le jeune Daniel Kaminsky et son oncle avaient attendu sur le quai l’arrivée de leur famille, sûrs que le trésor qu’ils transportaient convaincrait les fonctionnaires chargés de les contrôler. Il s’agissait d’une petite toile de Rembrandt qui se transmettait dans la famille depuis le XIIIe siècle. Mais le plan échoua et le navire remporta vers l’Allemagne tout espoir de retrouvailles.

Des années plus tard, en 2007, le tableau est mis aux enchères à Londres et le fils de Daniel Kaminsky se rend à Cuba pour savoir ce qui s’y était passé concernant sa famille et le tableau. Il réussit à convaincre le détective Mario Conde de l’aider. Celui-ci, reconverti dans le commerce des livres anciens, découvre que cette toile représentant le visage du Christ était le portrait d’un jeune homme juif travaillant dans l’atelier de Rembrandt et y ayant étudié la peinture, contre toutes les lois des religieux.

Leonardo Padura fait ici un panorama de l’exercice de la liberté individuelle, du libre arbitre à travers diverses époques depuis Rembrandt dans l’Amsterdam du XVIIe siècle décidant de représenter des individus et non des idées, puis le jeune Juif qui ose désobéir au Consistoire et apprend à peindre, et décide ensuite de suivre un nouveau Messie, jusqu’à l’éclosion des tribus urbaines de La Havane où une jeune émo paye de sa vie l’exercice de sa liberté dans une société figée. Leonardo Padura écrit un livre magnifique et profond et se sert de son habileté d’auteur de roman noir pour nous amener, sous la houlette de son héros Mario Conde, à réfléchir sur ce que signifie notre libre arbitre.

Viva

Patrick DEVILLE

Viva

En brefs chapitres qui fourmillent d’anecdotes, de faits historiques et de rencontres ou de coïncidences, Patrick Deville peint la fresque de l’extraordinaire bouillonnement révolutionnaire dont le Mexique et quelques-unes de ses villes (la capitale, mais aussi Tampico ou Cuernavaca) seront le chaudron dans les années 1920 et surtout 1930.

Les deux figures majeures du roman sont Trotsky, qui poursuit là-bas sa longue fuite et y organise la riposte aux procès de Moscou tout en fondant la IVe Internationale, et Malcolm Lowry, qui ébranle l’univers littéraire avec son vertigineux Au-dessous du volcan. Le second admire le premier : une révolution politique et mondiale, ça impressionne, forcément. Mais Trotsky est lui aussi un grand écrivain, qui aurait pu transformer le monde des lettres si une mission plus vaste ne l’avait pas requis. L’un finit assassiné d’un coup de piolet dans la tête, tandis que le héros de l’autre est abattu par les balles fascistes avant d’être jeté au fond d’une décharge…

On croise aussi Frida Khalo, Diego Rivera (et l’autre peintre muraliste Siqueiros, stalinien convaincu et auteur de la première tentative d’assassinat de Trotsky), Tina Modotti, l’énigmatique B. Traven aux innombrables identités, ou encore Antonin Artaud en quête des Tarahumaras et André Breton.

Pas pleurer

Lydie SALVAYRE

salvayre

Deux voix entrelacées.

Celle, révoltée, de Georges Bernanos, témoin direct de la guerre civile espagnole, qui dénonce la terreur exercée par les nationaux avec la bénédiction de l’Église catholique contre les « mauvais pauvres ». Son pamphlet, Les Grands Cimetières sous la lune, fera bientôt scandale.

Celle, roborative, de Montse, mère de la narratrice et « mauvaise pauvre », qui, soixante-quinze ans après les événements, a tout gommé de sa mémoire, hormis les jours radieux de l’insurrection libertaire par laquelle s’ouvrit la guerre de 36 dans certaines régions d’Espagne, jours que l’adolescente qu’elle était vécut avec candeur et allégresse dans son village de haute Catalogne.

Deux paroles, deux visions qui résonnent étrangement avec notre présent, comme enchantées par l’art romanesque de Lydie Salvayre, entre violence et légèreté, entre brutalité et finesse, portées par une prose tantôt impeccable, tantôt joyeusement malmenée.

La patience du franc-tireur

Arturo Pérez-Reverte

arturo

Pour Sniper, graffeur au talent exceptionnel et mondialement reconnu, l’art véritable ne peut en aucun cas être confondu avec une marchandise. Son travail sur les murs, les autobus, les wagons de métro, les bâtiments historiques, est une façon violente d’exprimer ses positions « antisystème ». De Madrid à Lisbonne, Vérone, Rome et Naples, celui dont personne n’a jamais vu le visage et dont la signature est la mire d’un fusil organise avec des graffeurs du monde entier des performances stupéfiantes et illégales. Certaines d’entre elles, particulièrement périlleuses, ont coûté la vie à plusieurs de ses compagnons. C’est le cas de Holden, un jeune graffeur, fils d’un puissant homme d’affaires espagnol, tombé d’un toit en essayant de mener à bien une réalisation artistique. Le père de Holden a mis la tête de Sniper à prix.

Alejandra Varela, la narratrice du roman, historienne de l’art urbain, a été chargée par un important éditeur de trouver Sniper afin de lui proposer une grande rétrospective de son œuvre au MoMA et d’éditer un livre sur lui. Elle le traque en Espagne puis en Italie et va très vite être prise dans un piège mortel en comprenant quels sont les véritables objectifs de cet artiste radical.

Ce splendide et passionnant thriller, véritable réflexion sur l’art de la rue, pose aussi la question des rebellions d’aujourd’hui contre nos sociétés soumises aux lois de la finance.

Nos disparus

Tim GAUTREAUX

tim

Sam Simoneaux, dont la famille a été massacrée quand il avait six mois, débarque en France le jour de l’Armistice. De la Première Guerre, il ne connaîtra que le déminage des champs de bataille de l’Argonne. De retour à La Nouvelle Orléans, devenu responsable d’étage aux grands magasins Krine, il ne peut empêcher l’enlèvement, quasiment sous ses yeux, de Lily Weller, 3 ans. Licencié, sommé par les parents Weller de retrouver leur enfant, il est embauché comme troisième lieutenant (maintenir l’ordre et à l’occasion jouer du piano) sur l’Ambassador, bateau à aubes qui sillonne le Mississippi. Le roman se déploie alors le long du fleuve, scandé par la musique de jazz – orchestre noir, orchestre blanc et alcool à volonté. Au gré des escales, et des bagarres, Sam cherche Lily, et met au jour un fructueux commerce d’enfants animé par quelques spécimens peu reluisants de la pègre des bayous. Mais le vrai sujet, au-delà de cette chatoyante fresque naturaliste, tourne autour des liens du sang, de l’inanité de la vengeance, et de la transmission des valeurs. Ainsi que du destin des hommes revenus de la guerre déboussolés et sans travail, une question qui traversait déjà le roman précédent de Gautreaux, Le Dernier Arbre.

L’exception

Audur Ava OLAFSDOTTIR

Audur

“Tu seras toujours la femme de ma vie”. Dans le vacarme d’un réveillon de nouvel an, Maria n’entend pas ce que Floki, son mari, lui annonce : il la quitte pour son collègue, spécialiste comme lui de la théorie du chaos. Heureusement, dans la nuit de l’hiver polaire, Perla est là, charitable voisine d’à peine un mètre vingt, co-auteur de romans policiers et conseillère conjugale, qui surgit à tout moment de son appartement de l’entresol pour secourir fort à propos la belle délaissée… Ni Perla la naine surdouée, ni Maria l’épouse idéale démunie devant une orientation sexuelle désormais incompatible, ni les autres acteurs de cette comédie dramatique à l’islandaise adorables bambins, belles-familles consternées ou complices, père génétique inattendu ne détournent le lecteur d’une alerte cocasserie de ton, d’une sorte d’enjouement tendre, de brio ininterrompu qui font de l’Exception un grand roman de la déconstruction et de la reconstruction narcissique à la portée du commun des mortels.

POLARS

La faiseuse d’anges

Camilla LACKBERG

camilla

Pâques 1974. Sur l’île de Valö, aux abords de Fjällbacka, une famille disparaît sans laisser de traces. La table du dîner est soigneusement dressée, mais tous se sont volatilisés, à l’exception de la fillette d’un an et demi, Ebba. Sont-ils victimes d’un crime ou sont-ils tous partis de leur plein gré ? L’énigme ne sera jamais résolue. Des années plus tard, Ebba revient sur l’île et s’installe dans la maison familiale avec son mari. Les vieux secrets de la propriété ne vont pas tarder à ressurgir… Pâques 1974, la police reçoit un appel d’urgence provenant du pensionnat de garçons de l’île de Valö, aux abords de Fjällbacka. A l’arrivée des forces de l’ordre, l’endroit est désert. Seule la petite Ebba, âgée d’un an et demi, déambule en pleurs dans la maison abandonnée. La table de la salle à manger est soigneusement dressée pour le repas de Pâques, mais les habitants se sont comme volatilisés. La plupart des élèves sont rentrés chez eux pour les vacances et on apprend que les quelques garçons restés sur place sont allés faire une partie de pêche. Ce qui est arrivé à la famille de la petite fille restera un mystère. Sa mère, son père, sa grande sœur et son grand frère ne seront jamais retrouvés. Placée en famille d’accueil, ce n’est que trente ans plus tard qu’Ebba retourne sur l’île, accompagnée de son mari Marten. Tous les deux viennent de perdre leur fils de trois ans et c’est pour essayer de surmonter leur deuil qu’ils décident de tout quitter pour reconstruire leur vie ailleurs. Ils prévoient de restaurer le vieux pensionnat que le père d’Ebba dirigeait d’une main de fer pour ouvrir une maison d’hôte. Anna, la sœur d’Erica qui s’est lancée dans la décoration intérieure, va venir leur prêter main-forte pour la rénovation. Mais à peine ont-ils le temps de s’installer qu’ils sont victimes d’une tentative d’incendie criminel. Et lorsqu’ils commencent à ôter le plancher de la salle à manger, ils découvrent du sang coagulé en-dessous. C’est le début d’une série d’événements troublants qui semblent vouloir leur rappeler que ce n’est pas dans l’oubli qu’on trouve le salut. De son côté, Erica s’était depuis longtemps déjà intéressée à l’affaire de la mystérieuse disparition. Ces piqûres de rappel inquiétantes sont l’occasion pour elle de se replonger dans le dossier. Elle va bientôt se rendre compte que ce qui s’est passé trente ans plus tôt est bien plus complexe qu’elle n’aurait pu l’imaginer. Tout aurait commencé avec une faiseuse d’anges… Dans ce huitième volet de la série qui lui est consacrée, Erica sera confrontée à des secrets familiaux qui risquent in fine de coûter la vie à l’une des personnes les plus importantes de son entourage.

La ferme

Tom Rob SMITH

rob

Ta mère… elle ne va pas bien. Elle s’imagine des choses – des choses terribles, terribles. Elle est à l’hôpital. Elle a été internée. Un appel de son père. Quelques mots. Et Daniel qui imaginait ses parents profiter de leur retraite dans une charmante ferme suédoise voit son monde basculer. Et puis un autre appel. Sa mère. Je suis sûre que ton père t’a parlé. Cet homme ne t’a dit que des mensonges. Je ne suis pas folle. Je n’ai pas besoin de médecin. J’ai besoin de la police. Deux histoires. Deux vérités. Qui croire ? Jusqu’où Daniel sera-t-il prêt à aller pour lever le voile ? Au risque de découvrir des secrets plus terribles encore…

En POCHE

Canada

Richard FORD Prix Femina étranger 2013

ford

Great Falls, Montana, 1960. Dell Parsons a 15 ans lorsque ses parents braquent une banque, avec le fol espoir de rembourser un créancier menaçant. Mais le hold-up échoue, les parents sont arrêtés. Dell doit choisir entre la fuite et l’orphelinat. Il traverse la frontière et trouve refuge dans un village du Saskatchewan, au Canada. Arthur Remlinger, le propriétaire d’un petit hôtel, le prend alors à son service. Charismatique, mystérieux, Remlinger est aussi recherché aux États-Unis… C’est la fin de l’innocence pour Dell. Dans l’ombre de Remlinger, au sein d’une nature sauvage et d’hommes pour qui seule compte la force brutale, il cherche son propre chemin. Canada est le récit de ces années qui l’ont marqué à jamais.

Les Deux messieurs de Bruxelles

Eric-Emmanuel SCHMITT

eric

« En amour, on croit être deux alors qu’on est trois. » Cinq nouvelles sur le mystère des sentiments inavoués. Une femme entretenue et gâtée par deux hommes qu’elle ne connaît pas. Un vieil homme qui se tue à la mort de son chien. Un mari qui rappelle constamment sa nouvelle femme au respect de l’époux précédent. Une mère généreuse qui se met à haïr un enfant. Un couple dont le bonheur repose sur un meurtre. Dans la lignée de Concerto à la mémoire d’un ange, de La rêveuse d’Ostende et d’Odette Toulemonde, Eric-Emmanuel Schmitt parle de l’amour sous toutes ses formes : conjugal, clandestin, paternel, filial, mais aussi, amour de l’art ou amour de l’humanité. À travers un suspense subtil et ensorcelant, il dévoile les secrets de plusieurs âmes pour déjouer la complexité du cœur humain.

 

Bonne lecture

Advertisements
Categories: Français

Post navigation

Comments are closed.

Create a free website or blog at WordPress.com.